Accueil du site || Actions || Opposition de VAP ! à la coupure pub dans les films à la RTBF || Le Parlement va-t-il voter les coupures des films par la pub à la RTBF ?

Lettre à l’attention des chef(fes)s de groupe des 4 partis démocratiques du Parlement de la Communauté française

Le 16 novembre 2009,

À l’attention des chef(fes)s de groupe des 4 partis démocratiques du Parlement de la Communauté française :

Madame Françoise Bertieaux,

Monsieur Marcel Cheron,

Monsieur Marc Elsen,

Monsieur Léon Walry,

Madame, Messieurs,

La plate-forme associative VAP ! (présentation ci-dessous) a produit en urgence le texte suivant : « Le Parlement va-t-il voter les coupures des films par la pub à la RTBF ? ».

Pourriez-vous vous positionner par rapport à cet argumentaire ?

Dans l’attente de vous lire, nous vous prions de croire en l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.

Pour VAP !

Bernard Hennebert

Le Parlement va-t-il voter les coupures des films par la pub à la RTBF ?

Pour autoriser la diffusion de publicités qui incitent au développement de l’usage des médicaments de comptoir (sans ordonnance), il suffit que le gouvernement se mette d’accord sur des avenants qui supprimeront l’interdiction de cette pratique prévue jusqu’à présent dans le contrat de gestion de la RTBF valable jusque fin 2011.

Mais pour permettre au service public d’interrompre jusqu’à deux fois sa diffusion de films par des spots de publicité, une décision gouvernementale ne suffit pas.

Complémentairement, il revient au Parlement de se positionner par rapport à un autre texte. Il s’agit du décret SMA (décret qui transpose la Directive sur les Services Médias Audiovisuels) dont l’article 18, §2, 2ème alinéa prévoit que «  (…) dans les services édités par la RTBF et par les télévisions locales, la publicité et l’autopromotion ne peuvent interrompre ni une œuvre de fiction cinématographique, ni une œuvre dont l’auteur veut conserver l’intégrité, ni une séquence d’un programme ».

Pour Frederico Fellini, c’est une agression du public

Les téléspectateurs sont particulièrement sensibles à cette caractéristique si concrète qui leur permet de différencier, quasi chaque jour, le service public des diffuseurs privés : celle de découvrir une œuvre cinématographique dans son intégralité, sans aucune interruption. De tous temps, les coupures publicitaires dans les films ont profondément gêné la population européenne. Il y a plus de vingt ans déjà, le premier groupement organisé de téléspectateurs français s’était constitué depuis Chantelle, une village du Bourbonnais, suite à l’annonce de l’introduction des spots commerciaux dans les films diffusés par TF1. En 1988, l’Association nationale de défense de la télévision (ANADET) s’y opposa en pétitionnant massivement. Elle reçut même le soutien du réalisateur Frederico Fellini qui lui fit parvenir un télégramme dont le texte garde aujourd’hui encore toute son acuité : «  Je suis enthousiasmé par votre initiative qui tend à faire cesser cette aberration d’interrompre les films par les spots publicitaires qui déprécient impudemment l’œuvre d’un auteur et finalement agressent le public. Avec toute mon admiration et ma gratitude, je vous exprime toute ma solidarité ».

Si elle devait s’appliquer à la RTBF, cette mesure réduirait son audience, car elle n’attirera certes pas de nouveaux téléspectateurs (d’autant plus que nombre d’enquêtes tendent à démontrer que les usagers du petit écran sont de plus en plus rétifs à la publicité télévisée) mais elle lui fera vraisembablement perdre une partie importante de son public naturel qui est déjà tellement déçu de l’évolution actuelle de ses programmes et de ses pratiques nouvelles (comme la lecture quasi impossible des génériques des films sur un écran de taille normale, à cause du split screen). Il préfèrera découvrir les films en louant des DVD ou en les téléchargeant sur Internet. Financièrement, cette évolution pourrait même être contreproductive car la fuite d’une part importante de téléspectateurs pourrait contraindre à réviser à la baisse la tarification de la RTBF pour ses annonceurs.

De plus en plus

La Communauté française rame aveuglément à contre-courant de la tendance lourde qui tend, dans les pays voisins, à réduire la présence publicitaire. En 2010, il n’y aura plus de publicité commerciale sur les chaînes publiques en Espagne. Et ce sera également le cas pour France Télévisions dès 2012.

Au contraire, chez nous, on charge de plus en plus la barque.

Le gouvernement précédent et sa majorité PS-CDH ont permis à la RTBF d’utiliser de nouvelles formes publicitaires telles que l’”écran partagé” et le « placement de produit ». Ce dernier qui va apparaître tout prochainement sur nos écrans n’est même pas interdit à l’ensemble des émissions d’information, uniquement aux « journaux télévisés » !

Tenter de nous faire croire que la RTBF ne diffuse pas plus de publicité que par le passé “en terme de volume horaire” est un leurre car on se garde bien d’indiquer que les messages concernant la presse ou le cinéma qui peuvent atteindre jusqu’à “une moyenne de 12 minutes par jour” ne sont plus désormais comptabilisés dans le temps publicitaire.

Dès le 1er janvier 2010, la part possible de rentrées publicitaires pour financer le budget du service public passera de 25% à 30%.

Il y a enfin le manque de régulation sur internet qui peut mener à bien des dérives... et voilà la RTBF déjà réprimandée par la Ministre de l’Audiovisuel pour avoir fait la promotion sur son site de paris sportifs en ligne ! De là à s’interroger sur l’intérêt pour la RTBF de rapatrier une partie de ses émissions pour les enfants vers le portail qu’elle se prépare à consacrer à la jeunesse sur internet, il n’y a qu’un pas. Cette stratégie pourrait, en effet, lui permettre de limiter l’application de la règle des cinq minutes (interdiction de diffuser de la publicité et du sponsoring autour des programmes pour les moins de 12 ans) qui ne concerne actuellement que ses émissions de radio et de télévision.

Le Gouvernement agit, puis réfléchit

La nouvelle majorité PS-ECOLO-CDH semble, hélas, bien partie pour pratiquer la surenchère dans le développement de la présence publicitaire du service public, trahissant du même coup l’esprit de sa déclaration gouvernementale, l’encre de celle-ci n’étant même pas encore séchée. Suite au mémorandum adressé à tous les partis politiques avant les élections par VAP !, la plate-forme qui réunit de nombreux interlocuteurs du secteur associatif, le nouveau gouvernement de la Communauté française s’est engagé dans son programme à réaliser une « étude objective et scientifique relative au financement de la RTBF et à la recherche de financements alternatifs à la publicité et au sponsoring, sans affaiblir l’offre de service public, et en garantissant la stabilité et la pérennité du financement de cet opérateur » .

Avant même d’entreprendre cette étude et donc de disposer de ses résultats, le gouvernement semble vouloir concrétiser deux souhaits du monde publicitaire et de la direction de la RTBF aux abois. Le gouvernement agit, puis réfléchit ?

Le choix gouvernemental de mettre en chantier cette enquête scientifique laisse entendre que les données fiables manquent actuellement dans cette matière. Ces questions sont jusqu’à présent principalement commentées de manière unilatérale par les communicateurs professionnels que sont les publicitaires et les directeurs de chaînes. Il est donc pour le moins léger que nos mandataires aient pu prendre ainsi, sans consultation préalable des usagers et du monde associatif, des décisions qui engagent et fragilisent, l’avenir de notre audiovisuel public.

En effet, plus la présence publicitaire sera prégnante, et plus la RTBF cherchera à ressembler à RTL TVi. La différence des conditions restrictives à l’usage publicitaire va se restreindre de manière de plus en plus significative entre notre diffuseur public et les chaînes privées de la Communauté française, ce qui permettra bien vite à ces dernières, et à juste titre, de déposer plainte auprès des instances européennes pour concurrence déloyale.

Si, comme annoncé, une troisième chaîne voit le jour sans publicité (… et sans sponsoring ? Le silence, à ce sujet, est éloquent) et que celle-ci rassemble la majorité des demandes de type « service public » pour les grandes minorités (enfants, sourds et malentendants, culturels, amateurs de V.O., etc.), on peut craindre que La Une et La Deux, aux heures de grande écoute, se commercialisent à tel point qu’elles n’auront plus comme avenir que la privatisation.

Mais s’agit-il d’une réelle décision gouvernementale ou est-elle simplement présentée comme telle ? Il nous revient qu’aucune réunion entre les Cabinets n’a été convoquée sur le sujet et que celui-ci, en son temps, n’a pas non plus été inscrit à l’ordre du jour du gouvernement. La ministre de l’audiovisuel a-t-elle pris la peine de se faire couvrir par ses collègues, ne fût-ce que de manière informelle ou a-t-elle tenté d’agir en solo ?

D’autres solutions

Pour justifier l’option gouvernementale, certains vont sans doute argumenter en rappelant la crise économique que nous traversons. Celle-ci a bon dos, d’autant plus qu’elle était déjà bien là quand la majorité a choisi et verbalisé ses priorités.

Des alternatives existent pourtant. Plutôt que d’ouvrir encore davantage les portes de la RTBF aux annonceurs, d’autres économies peuvent être proposées. Par exemple, supprimer des émissions qui ne répondent à aucune mission du service public. Elles sont généralement onéreuses à produire et sont diffusées pour attirer des publics-cibles qui intéressent particulièrement les publicitaires. Entre les bénéfices qui se dégageraient de la suppression de la diffusion par la RTBF de la Formule 1 (que le public peut suivre de toute façon sur TF1 et où les commentaires sont pas radicalement différents de ceux proposés par notre service public), pour prendre un exemple concret (il y en d’autres), et les rentrées des coupures publicitaires dans les films, pour beaucoup, le choix serait évident.

Si les dés ne sont pas pipés, c’est pareil débat public qu’on est en droit d’attendre de l’Olivier et de l’opposition au Parlement de la Communauté Française. Peut-on espérer une réelle confrontation d’argumentaires novateurs soucieux de la réalité et largement relayés par les médias écrits et audiovisuels ? Et que penser de l’attitude de la régie publicitaire du service public qui semble considérer que les carottes sont cuites, elle qui a déjà informé ses clients des nouvelles possibilités publicitaires projetées par le gouvernement ? Elle vient de leur indiquer dans un courrier, à propos des coupures dans les films : "... Cette mesure permettra aux annonceurs de bénéficier d’une offre d’écrans publicitaires réellement en phase..." !

Ce texte a été rédigé par VAP !

Cliquer sur l’image pour agrandir le télégramme de Frederico Fellini

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